La nouvelle proposition de la Région visant à créer une distinction spécifique pour récompenser les personnels de la sécurité soulève plusieurs interrogations, tant sur sa pertinence que sur son champ d’application. Après une analyse approfondie, nous avons décidé de voter contre cette initiative pour plusieurs raisons que nous expliquons ici.
Une reconnaissance limitée aux métiers de la sécurité
La Région propose de récompenser uniquement les personnels de la sécurité, bien que ces fonctions ne relèvent pas de ses compétences. Bien entendu, nous saluons leur courage et leur travail essentiel. Cependant, d’autres professions, notamment les enseignants ou les professionnels du secteur du CARE, sont également confrontées à des actes de violence grandissants. Le fait d’écarter ces métiers de cette reconnaissance est injuste. De plus, les personnels des lycées, qui relèvent de la compétence régionale, méritent aussi d’être mis à l’honneur. Pourquoi ne pas inclure ces travailleurs, dont l’engagement envers les jeunes de notre territoire est essentiel ?
Des outils nationaux existent déjà pour récompenser le mérite
La France dispose déjà d’institutions reconnues, comme la Légion d’honneur ou l’Ordre national du Mérite, pour honorer ceux qui se distinguent par leur bravoure ou leur mérite. Pourquoi créer une nouvelle distinction régionale alors que des systèmes établis, légitimes et respectés, sont déjà en place ? Il est également paradoxal que la Région, qui a choisi il y a deux ans de ne plus s’associer à des initiatives comme la Société des membres de la Légion d’honneur (SMLH), veuille maintenant instaurer ses propres récompenses. La SMLH valorise des jeunes apprentis et des citoyens prometteurs, initiatives que nous aurions dû continuer de soutenir.
La création de distinctions régionales : une question constitutionnelle
Il est crucial de rappeler que la France est un État unitaire et non fédéral. La création de distinctions spécifiques à la région pourrait poser des problèmes juridiques et être perçue comme une atteinte à la Charte de la laïcité de l’État. Ce type d’initiative pourrait également être interprété comme une forme de séparatisme territorial, un danger qu’il nous faut éviter. La reconnaissance des actes de bravoure et du mérite doit se faire à travers des outils nationaux pour maintenir une cohérence sur tout le territoire.
D’autres formes de reconnaissance, plus adaptées à nos compétences
Il existe des façons plus appropriées de témoigner notre gratitude sans se substituer aux prérogatives de l’État. Par exemple, la Région a récemment choisi de nommer le nouveau lycée de Meyzieu en hommage au colonel Arnaud Beltrame, un geste symboliquement fort qui honore un héros national tout en respectant le cadre des compétences régionales. Ce type d’action, en lien avec nos attributions, a tout notre soutien.
Nous pensons que la valorisation de l’engagement et du mérite est essentielle, mais elle doit être menée dans le cadre des compétences régionales et à travers les structures déjà en place. Créer une distinction régionale supplémentaire complexifie inutilement les démarches et risque de créer des déséquilibres dans la reconnaissance des professions.
C’est pourquoi nous avons choisi de voter contre cette délibération, en appelant à une valorisation du mérite qui s’appuie sur les outils existants et qui respecte les prérogatives de l’État et de la Région.