Groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate

La discussion sur le Protocole d’accord relatif à l’avenant mobilités du CPER 2023-2027 (Contrat de Plan État-Région) soulève de nombreuses questions. Bien qu’une enveloppe d’1,38 milliard d’euros soit allouée pour des projets de mobilité dans la région, plusieurs points de cette stratégie laissent perplexes, tant sur la répartition des fonds que sur le calendrier prévu. Voici une analyse détaillée des enjeux liés à ce plan.

Un accord-cadre en retard et des projets encore flous

Le principal problème réside dans le retard pris par la mise en œuvre du CPER. Alors que le plan est censé s’étendre jusqu’en 2027, la version finale, détaillant les projets soutenus, ne sera présentée qu’en juin 2025. Cela ne laisse que deux années pour mettre en œuvre ces initiatives. Ce retard pénalise déjà certains projets et pose un problème de gestion stratégique pour une région de cette taille et de cette importance. La concertation avec les départements doit encore avoir lieu, ainsi que l’avis de l’Autorité environnementale et du CESER (Conseil économique, social et environnemental régional). En clair, nous avançons à tâtons sur des projets de mobilité majeurs pour le territoire sans avoir de vision claire et sans anticiper les conséquences de ces délais.

Des investissements routiers privilégiés, au détriment du ferroviaire

Le déséquilibre financier entre le routier et le ferroviaire est un autre point de divergence. En mai dernier, nous apprenions que 36 % des fonds du CPER seraient alloués aux projets routiers, contre seulement 31 % pour le ferroviaire. Cela représente 300 millions d’euros pour les routes et seulement 131 millions d’euros pour le ferroviaire, soit plus du double pour le routier ! Pourtant, avec l’augmentation constante de la fréquentation des TER, il est urgent d’investir davantage dans ce secteur. La Cour régionale des comptes (CRC) a d’ailleurs récemment souligné qu’il manquait environ 30 trains par jour pour répondre aux besoins des voyageurs dans de bonnes conditions. Cette politique manque de cohérence avec l’objectif d’améliorer l’offre de transports collectifs, particulièrement dans les zones rurales où la dépendance à la voiture reste forte.

Les petites lignes ferroviaires : les grandes oubliées

Un autre point critique est le manque de réouvertures des petites lignes ferroviaires. Des projets importants comme la ligne rive droite du Rhône, le Clermont-Saint-Étienne ou la ligne du Tonkin ne sont pas pris en compte dans ce CPER. Ce choix politique surprend d’autant plus que la réouverture des petites lignes est souvent au cœur des discours sur la revitalisation des territoires. Malgré le discours régional prônant un soutien aux zones rurales, l’engagement pour les petites lignes reste absent. Par ailleurs, l’intérêt pour ces lignes semble soudainement croître dans le cadre des Jeux Olympiques de Paris 2030 (JOP 2030), avec des projets de régénération autour de l’étoile de Veynes. Si ces initiatives sont évidemment bienvenues, elles ne devraient pas être liées uniquement à des événements ponctuels comme les JO, mais répondre aux besoins quotidiens des habitants.

Améliorer la coordination des SERM pour une stratégie globale

Concernant les Schémas régionaux des espaces de mobilité (SERM), nous soutenons leur développement mais regrettons la faiblesse de la coordination actuelle entre les six SERM existants. Il est crucial de les intégrer dans une stratégie globale pour qu’ils puissent réellement contribuer au développement des mobilités décarbonées et à la lutte contre la fracture territoriale, notamment dans les zones les plus enclavées.

Sécurité dans les gares : des infrastructures saturées

Enfin, sur le volet de la sécurité dans les gares, le dispositif « Sécurité renforcée en gare » est un pas dans la bonne direction, mais nous estimons qu’une meilleure gestion des flux de voyageurs serait une solution plus efficace. Les quais bondés aux heures de pointe créent un environnement propice aux vols et aux violences sexuelles. Des mesures de vidéosurveillance sont proposées, mais elles ne résoudront pas le problème de fond. Une meilleure circulation des voyageurs et une augmentation de la capacité des trains doivent être des priorités pour améliorer la sécurité dans les gares.   La mise en œuvre du CPER mobilités 2023-2027 reflète des choix politiques discutables. Le retard pris dans l’adoption du plan, la répartition des fonds favorisant les routes au détriment du ferroviaire, et le manque d’ambition pour les petites lignes témoignent d’un manque de vision stratégique. La Région doit se concentrer sur des solutions de mobilité durable, adaptées à l’évolution des besoins de ses habitants, tout en renforçant la coordination des acteurs locaux. Le service de qualité et accessible à toutes et tous doit rester notre boussole, tant pour la mobilité que pour la sécurité des usagers.

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