Le rapport annuel 2024 de l’Agence régionale du tourisme met en avant de très bons résultats pour le secteur touristique en Auvergne-Rhône-Alpes : +3,2 % de nuitées supplémentaires, hausse de la fréquentation française et internationale… Ces indicateurs confirment l’attractivité de la région, et c’est évidemment une bonne nouvelle.
Mais à côté de ces chiffres, d’autres réalités méritent tout autant d’être mises en lumière. Car derrière ces performances économiques, il y a des femmes et des hommes qui travaillent dans l’ombre et dans des conditions souvent précaires.
Le tourisme, ce sont d’abord des métiers
Le dynamisme touristique repose sur une chaîne humaine essentielle, trop souvent oubliée : directeur d’hôtel, réceptionniste, serveur, agent d’entretien, cuisinier, chargé d’accueil en office de tourisme… Ces métiers du tourisme, souvent saisonniers et physiquement exigeants, figurent sur la liste des métiers en tension. Ils peinent à recruter, faute d’attractivité, de conditions de travail dignes ou de logement accessible à proximité.
Or, le logement saisonnier reste un enjeu majeur sur de nombreux territoires. Un amendement déposé au budget 2024 avait alerté sur ce point. Il est impératif que la collectivité régionale prenne pleinement la mesure de cette problématique, car l’avenir du tourisme passe aussi par la qualité de vie de celles et ceux qui le font vivre.
Un tourisme pour tous : encore un angle mort
Autre grande absente de ce rapport : la question de l’accès aux vacances pour les plus modestes. Aujourd’hui, 40 % des Français ne partent pas en congés, faute de moyens. Cette réalité sociale devrait être un enjeu politique central pour une région qui se revendique touristique.
À plusieurs reprises, des propositions concrètes ont été formulées pour y répondre :
Mise en place de billets TER à 1 € durant les vacances,
Création d’un chèque tourisme à destination des familles précaires,
Aide au départ en vacances pour les jeunes ou les bénéficiaires du RSA.
Aucune n’a été retenue à ce jour. Pourtant, le tourisme populaire n’est pas un luxe : c’est un levier d’émancipation, de bien-être, de justice territoriale.
Le rapport, lui, insiste longuement sur le tourisme d’affaires et ses retombées économiques. Mais il est temps de rééquilibrer les priorités, pour que la politique touristique régionale bénéficie à tous, y compris à celles et ceux qui, aujourd’hui, restent sur le bord du chemin.