Chaque matin, des centaines de milliers d’habitants de la région prennent leur voiture faute d’alternative crédible. Les Services Express Régionaux Métropolitains (SERM) sont censés changer cela. Quatre dossiers viennent d’être déposés auprès de l’État : Saint-Étienne, Grenoble, Clermont-Ferrand et Chambéry. Les dossiers de Lyon et le Genevois français sont encore attendus. Une étape importante, présentée lors d’une session plénière expédiée en une seule journée, symptôme d’un exécutif régional qui peine à afficher de grandes ambitions. Car ce sont les mobilités de la région pour les vingt prochaines années qui se jouent ici.
Des projets aux niveaux de maturité très inégaux
Premier problème : une hétérogénéité frappante entre les territoires. Saint-Étienne et Grenoble disposent de dossiers relativement aboutis. Clermont-Ferrand se situe dans un entre-deux. Chambéry apparaît comme le moins avancé des quatre. Pourtant, les enveloppes budgétaires affichées sont quasi identiques : entre 1,1 et 1,4 milliard d’euros selon les agglomérations. Cette homogénéité financière tranche avec des contenus et des niveaux de préparation très disparates.
Des investissements structurants repoussés aux années 2030
Deuxième constat : les premières phases portent principalement sur du matériel roulant et des études. Les infrastructures lourdes ne sont prévues qu’à partir de 2035, voire 2040. À Saint-Étienne, les opérations ferroviaires structurantes n’interviennent qu’en toute dernière phase. On acte donc des trajectoires dont les effets concrets sur la vie des habitants sont renvoyés à une décennie ou plus.
Un financement loin d’être sécurisé
C’est le point le plus préoccupant. Les maquettes financières reposent sur des études non encore réalisées, les modalités de contractualisation restent inconnues, et les coûts d’exploitation annuels sont considérables : entre 60 et 80 millions d’euros par territoire. Dans ce contexte, le refus persistant de la Région d’instaurer un versement mobilité régional – levier estimé à 100 millions d’euros par an – prive la collectivité d’une ressource pourtant indispensable.
Une Région sans stratégie assumée
Affirmer qu’aucun projet n’est prioritaire peut sembler équitable ; c’est surtout peu crédible. L’État ne retiendra pas les 26 projets de SERM en lice à l’échelle nationale. Refuser de hiérarchiser, c’est renoncer à peser dans cette sélection. Or, pendant que la Région temporise, l’État opère déjà des choix concrets : l’avenant mobilités du CPER flèche près de 72 millions d’euros pour Lyon et plus de 60 millions pour Grenoble. La Région Auvergne-Rhône-Alpes est autorité organisatrice des mobilités. Elle doit assumer des choix… avant que d’autres ne le fassent à sa place.