La majorité régionale souhaite expérimenter l’installation de scanners corporels dans certains lycées. Ces équipements, déjà utilisés dans les aéroports, coûtent entre 150 000 et 200 000 euros pièce, sans compter les frais d’installation, de maintenance et de formation du personnel. Un investissement très lourd… pour une efficacité qui n’a jamais été démontrée en milieu scolaire.
L’exécutif avance l’argument de la lutte contre les intrusions et la détection d’armes non métalliques. Mais derrière l’effet d’annonce, les questions juridiques et éthiques sont majeures. Car le Code de la sécurité intérieure est clair : ces scanners ne peuvent être utilisés que dans le cadre d’événements réunissant plus de 300 personnes. Pour contourner cette limite, la Région envisage de solliciter une modification de la loi auprès du Premier ministre, ou une dérogation préfectorale. Problème : aucune de ces options ne tient juridiquement, car le droit de dérogation ne permet pas de s’affranchir de la loi.
Une surveillance intrusive, sans cadre légal
La CNIL alerte depuis longtemps sur les atteintes aux libertés individuelles que représentent ces dispositifs. Floutage, non-conservation des images, interdiction d’identification ou d’accès par des tiers : ces garde-fous sont la norme dans le secteur aéroportuaire. Dans les lycées, aucun cadre légal n’est prévu, ce qui rend la démarche encore plus risquée.
Ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large de déploiement de technologies de surveillance dans les lycées. En mars 2024, la Région avait déjà sollicité l’autorisation d’utiliser la vidéosurveillance algorithmique dans et autour des établissements. Cette demande, restée sans réponse, suscitait déjà de vives inquiétudes. Pourtant, l’exécutif persiste, sans évaluation, ni débat démocratique.
Sécurité des jeunes : changeons de cap
Plutôt que de multiplier les dispositifs intrusifs et coûteux, la protection des jeunes doit passer par des politiques éducatives fortes, une présence humaine renforcée, et des moyens pour la prévention, l’écoute et l’accompagnement.
C’est pourquoi, pour tourner cette proposition en dérision, nous avons proposé que la Région réoriente ses priorités budgétaires. Plutôt que des scanners corporels dans les lycées, investissons dans des scanners médicaux dans nos hôpitaux publics, qui, eux, en manquent cruellement. Un choix de bon sens, au service de l’intérêt général.