Groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate

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Auvergne-Rhône-Alpes est la première région industrielle de France. C’est le chiffre qu’on aime afficher en séance, dans les rapports, dans les communiqués de presse. C’est vrai, personne ne le conteste. Mais qui le fait ? Pas la Région. Ce sont les entreprises, les salariés, les sous-traitants, les territoires qui construisent ce rang chaque jour. La Région doit contribuer à en créer le cadre. Or, le rapport sur la préférence régionale présenté lors de la plénière du 2 avril 2026 ne répond pas à cette ambition. Loin de là.

Des visages derrière les chiffres

Avant de parler de dispositifs, parlons de réalités. 265 salariés de Bosch dans l’Allier qui apprennent qu’ils n’auront plus de travail d’ici la fin de l’année. Les salariés de Vencorex en Isère, qui attendaient le projet Exalia depuis des mois et viennent de le voir retoqué. Combelle dans le Cantal : une entreprise centenaire, dernier fabricant français de mobilier enfant en bois massif, qui ferme. Ferropem en Savoie, toujours en chômage technique, sans perspective visible face à la concurrence chinoise sur le silicium. Et Casino dans la Loire : près de 3 000 emplois supprimés, un symbole économique de Saint-Étienne qui s’étiole.

Ces gens ne sont pas des statistiques. Quand une entreprise ferme, c’est tout un bassin de vie qui tremble. Et face à ça, ce rapport propose quoi ?

Du recyclage, pas une politique

Des mesures existantes rebaptisées, présentées comme des innovations. Un patchwork de dispositifs sans cohérence d’ensemble. On y parle à la fois de préférence industrielle européenne et de Pass’Région Séniors, de souveraineté alimentaire et de tourisme industriel, sans fil conducteur. C’est de l’affichage politique, pas une politique économique. Une redite molle des thématiques rabâchées depuis 2016 : « préférence régionale », « souveraineté », « relocalisation ». Comme si le dire suffisait à agir.

Le Pack Relocalisation : un exemple révélateur

L’intention est bonne : ramener des entreprises sur notre sol, reconstruire une industrie locale. Mais la traduction concrète laisse perplexe. Faire reposer, en 2026, une politique régionale dans une région de 8,5 millions d’habitants sur des aides directes à l’investissement à quelques dizaines d’entreprises n’a tout simplement pas de sens. L’entreprise HAFNER, bien implantée et solide, a touché 134 168 euros fin 2023 via ce dispositif. Bien venu pour elle, sans doute. Mais décisif ? L’argent de la Région fait-il une différence ? Non. On subventionne ceux qui se portent bien, pendant que Combelle ferme et que les salariés de Ferropem pointent au chômage technique. Ce n’est pas de la relocalisation. C’est de la distribution mal ciblée, sans logique ni stratégie.

Ce que devrait faire la Région

Une politique économique moderne ne repose pas sur des subventions ponctuelles. Elle doit faire deux choses. D’abord, soutenir des réseaux d’entreprises pour consolider les filières stratégiques : mutualisation, réponse commune aux marchés, formation, R&D partagée. Maintenir ce qui existe avant de courir après ce qu’on voudrait attirer. Ensuite, disposer d’un fonds de soutien à l’industrie capable d’intervenir rapidement : aider à la création de SCOP, favoriser des reprises par les salariés, porter du foncier si nécessaire. Être utile et agile. Auvergne Rhône-Alpes Entreprises devrait être le bras armé de cette stratégie, mais sans vision d’ensemble ni bilan transparent, cet outil tourne à vide.

Nous nous sommes abstenus sur ce rapport. Pas parce que nous sommes contre la préférence régionale, l’intention est juste et nous la partageons. Consommer local, soutenir nos entreprises, ancrer l’économie dans les territoires : oui. Mais une intention sans stratégie, c’est un slogan.