Au mois de juillet 2023, Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République, annonçait la construction de deux EPR2 sur la centrale du Bugey, sans que soit soumise au parlement une nouvelle loi de programmation pluriannuelle de l’énergie. Cette annonce a été suivie immédiatement de travaux d’implantation, de réservation de foncier, de programmation d’ouvrages d’art, d’organisation du chantier, avant même que la Commission nationale du débat public, lancée à Bourg-en-Bresse le 28 janvier dernier, n’ait réalisé son travail. Alors que ce travail doit s’achever en juillet, la décision de lancement par EDF devrait intervenir dès le mois d’octobre.
Ce calendrier précipité donne le sentiment que tout est décidé avant qu’un débat ait lieu. Nous n’avons jamais été et ne sommes pas antinucléaires. Pour autant, le projet de construction de deux EPR2 ne peut faire l’économie d’une étude sérieuse, fouillée, approfondie, qui étudie les enjeux et réponde aux questions, avant toute décision.
A ce jour, deux questions centrales restent en suspens :
•Combien le projet coûtera-t-il et à quel prix l’électricité sera-t-elle produite et vendue ?
Le coût estimé pour la construction des six EPR ne cesse de croître, passant de 46 milliards d’euros en 2022 à 60 milliards en 2024 et à 100 milliards début 2025, soit 16 milliards minimum par EPR. L’EPR de Flamanville aura coûté au moins 23 milliards d’euros et nous avons toutes raisons de penser que le prix réel sera encore au-dessus de ces 16 milliards. Le prix d’équilibre de tels coûts de construction, l’exemple de la centrale anglaise d’Hinckley Point le démontre, est évalué à 120€ par MWh. Le flou qui entoure le financement de ces projets interroge, y compris la Cour des Comptes qui, dans un rapport du 14 janvier 2025, a exprimé des réserves majeures sur la rentabilité et le financement du programme EPR2, soulignant des risques financiers, des incertitudes techniques et des retards récurrents. Il est légitime de connaitre ces informations avant toute décision de lancement d’un projet de cette ampleur.
• Sera-t-il possible, pendant les 70 ans qui suivront la livraison du projet, d’assurer à 100% le refroidissement de la centrale ?
A ce jour, aucune étude validée par des experts indépendants ne garantit que dans les prochaines années le débit du Rhône sera suffisant pour assurer le refroidissement du site global du Bugey jusqu’en 2100 – soit soixante ans après sa livraison. Le partage de l’eau entre centrale et autres usages,
dont l’approvisionnement de Lyon et l’irrigation dans la Plaine de l’Ain, doit également faire l’objet d’une étude sérieuse. Par ailleurs, au-delà du volume d’eau, la question de la chaleur des eaux rejetées est majeure : de l’eau trop chaude fait disparaitre toute biodiversité dans le Rhône et est donc interdit. Avec le réchauffement climatique, comment assurer que l’eau rejeté sera conforme et que se passe-t-il si, pendant tous les étés, la productions doit être ralentie voire arrêtée ?
L’indépendance énergétique est essentielle pour assurer la souveraineté de notre pays et toutes les options sont à envisager. Néanmoins, afin de convenir que nous prenons un risque acceptable pour les générations futures, des études économiques et relatives à l’eau doivent être réalisées, sérieusement, avant de décider du lancement du projet de construction de deux EPR2 sur la centrale du Bugey. Une décision dès octobre 2025 ne permet à l’évidence pas de réaliser ces travaux. Un moratoire est donc nécessaire.
Par ce voeu, le conseil Régional Auvergne-Rhône-Alpes demande au Premier Ministre et à son Gouvernement de :
• Mettre en place un moratoire sur la décision de lancement du projet EPR2 sur la centrale du Bugey, tant que des études économiques, permettant de s’assurer du coût réel du projet et du prix de l’électricité produite et vendue, et des études indépendantes relatives à l’eau, aient été réalisées ;
• Lancer immédiatement des études indépendantes et approfondies sur les sujets susmentionnés, avec un cahier des charges et des conclusions rendus publics.