Groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate

La récente décision de maintenir à zéro le taux du Versement Mobilité Régional (VMR) en Auvergne-Rhône-Alpes est bien plus qu’un simple choix budgétaire. Elle prive les transports publics d’un levier de financement essentiel, et alimente une fiction politique : celle d’économies réalisées sans conséquences pour les habitants. En réalité, ce refus affaiblit durablement le développement des mobilités, tout en pesant davantage sur les usagers.

Certes, la Région ne peut pas lever d’impôts directs. Mais elle a la main sur les tarifs des services publics qu’elle gère — et elle s’en est servie. En 2023, les abonnés au TER et au Léman Express ont vu leurs tarifs grimper de 2,95 %, tandis que les usagers occasionnels ont subi une hausse de 8 %. Dans le transport scolaire, des changements tarifaires ont supprimé la gratuité dans plusieurs départements, avec des hausses parfois insoutenables pour les familles, sans modulation selon les revenus. Ce sont donc bien les usagers, et non les entreprises, qui paient le prix du refus d’un financement solidaire.

Ces choix interviennent dans un contexte d’inflation qui fragilise déjà les budgets des ménages. Le maintien à zéro du VMR est présenté comme un geste pour le pouvoir d’achat, mais les faits montrent l’inverse : le refus de mobiliser cette ressource fiscale conduit à des hausses de tarifs, qui touchent directement les usagers les plus dépendants des transports publics.

En parallèle, les besoins en financement sont criants. Le réseau TER reste sous-dimensionné, des lignes essentielles comme Thiers-Boën restent fermées, et l’Ardèche demeure exclue du réseau ferroviaire, malgré des engagements passés. Le financement régional annuel à la SNCF pour le TER est passé de 656 à 590 millions d’euros. Ce désengagement affaiblit la qualité de service, creuse les inégalités territoriales et freine la transition vers des mobilités durables.

Face à cela, le VMR représente une opportunité. Il permettrait de dégager de nouvelles ressources pour renforcer le réseau, améliorer la qualité de service et garantir un accès équitable aux transports dans tous les territoires, y compris les plus enclavés. Certaines voix au sein même de la majorité régionale laissent entrevoir une ouverture sur ce sujet. La Conférence de financement des mobilités prévue en mai pourrait ouvrir de nouvelles perspectives. Il serait irresponsable de refermer cette porte avant même de l’avoir examinée.

Nous appelons donc la Région à sortir de cette posture idéologique et à faire des choix cohérents avec les besoins réels des habitants. Pour développer un service public de transport accessible, attractif et équitable, il est urgent de mettre en place des solutions de financement pérennes. Le VMR en fait partie. Refuser d’en parler, c’est choisir l’affaiblissement des transports publics et, avec lui, celui de la justice sociale et de la transition écologique.