Groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate

À travers cette délibération, la Région présente sa stratégie en matière de matériel roulant et de maintenance, dans le cadre de sa feuille de route « Mobilités 2035 ». Mais au-delà des objectifs réitérés et des moyens annoncés, une seule décision concrète émerge : la commande de dix rames Regio2N, livrables en 2027. Une mesure évidemment bienvenue, mais très insuffisante au regard des besoins croissants en transports publics dans la région.

Plus surprenante encore est la mise en scène de cette décision. Alors que l’achat de matériel roulant relève habituellement de la commission permanente, cette annonce en assemblée plénière interroge. Elle donne le sentiment d’un affichage politique, d’autant plus opportun après le débat houleux sur le refus d’appliquer le Versement Mobilité Régional (VMR), pourtant essentiel au financement des transports collectifs.

Dans les faits, la situation du transport ferroviaire régional reste très préoccupante. Les rames sont saturées, les conditions de voyage se dégradent, et les infrastructures n’absorbent plus la hausse de fréquentation. La Chambre régionale des Comptes estime qu’il manque aujourd’hui une trentaine de rames chaque jour pour assurer un service correct. Dix rames supplémentaires à l’horizon 2027, c’est trop peu, trop tard.

La question de l’anticipation se pose alors avec insistance. Pourquoi la Région n’a-t-elle pas investi plus tôt ? Pourquoi ce retard dans les commandes, quand on sait qu’il faut au minimum quatre ans pour voir les rames arriver ? Ce manque de vision stratégique pèse aujourd’hui sur les usagers, qui attendent des améliorations concrètes, immédiates.

D’autres projets soulèvent également des inquiétudes, à commencer par le Bus à Haut Niveau de Service (BHNS) entre Trévoux et Lyon. Ce qui devait être une alternative crédible à la voiture s’oriente vers un simple bus circulant sur la route classique entre Sathonay et Lyon-Part-Dieu, pour un coût pourtant très élevé. Dans ces conditions, l’objectif affiché de relier Trévoux à Lyon en moins d’une heure paraît peu réaliste, notamment aux heures de pointe.

Par ailleurs, la Région reste silencieuse sur le sort de la rive droite du Rhône. Depuis 2020 et l’annonce de son prédécesseur sur une possible réouverture aux voyageurs, rien n’a été engagé, malgré une étude de faisabilité financée. La réouverture de la gare du Teil constitue un premier pas, mais reste très en-deçà des engagements pris. Il est temps de relancer ce projet attendu, en lien avec les élus locaux.

Si la Région souhaite vraiment « investir dans les mobilités de demain », cela exige bien plus que des effets d’annonce. Cela demande un engagement ferme pour renforcer le réseau ferroviaire, améliorer l’offre de transport et relancer des lignes stratégiques. L’application du Versement Mobilité Régional, l’augmentation du matériel roulant et une vision cohérente des projets à long terme doivent être placés au cœur de l’action publique.