Le dernier grand débat de la majorité régionale porte sur le nom des bâtiments. Pas leur état, pas leur financement : leur nom. La délibération entend harmoniser la dénomination des établissements, espaces et salles du patrimoine régional, imposer des personnalités consensuelles et de préférence décédées, soumettre chaque choix au contrôle des services régionaux, et se réserver le droit de saisir le tribunal administratif en cas de désaccord. Voilà l’urgence du jour. Pendant ce temps, la première région industrielle de France continue de perdre des sites et des emplois.
À chaque plénière, sa diversion
Reprenons la chronologie. En octobre 2024, la majorité tenait à débattre de la conditionnalité des aides régionales ; le même mois, Vencorex basculait en redressement judiciaire, absente de l’ordre du jour. Toujours en octobre 2024, il fallait remettre des médailles régionales de la reconnaissance, quand Casino, institution stéphanoise centenaire, annonçait 3 000 suppressions de postes dont 554 à son siège.
En mars 2025, priorité aux scanners corporels dans les lycées ; JTEKT et ses 112 postes à Irigny restaient hors sujet. En octobre 2025, il s’agissait de déployer des brigades cynophiles dans les établissements, pendant que Teisseire (205 emplois menacés) et Ferropem (150 salariés à l’arrêt) attendaient. En décembre 2025, la majorité traquait l’absentéisme des agents régionaux ; les 190 salariés d’Erasteel à Commentry n’existaient pas à l’ordre du jour.
En avril 2026, elle célébrait la « préférence régionale » au moment où Bosch fermait son site d’Yzeure et ses 265 salariés, et où Combelle, à Marmanhac, refermait un siècle de savoir-faire. Et aujourd’hui, il faut trancher le nom des établissements, quand Polytechnyl ne conserve que 72 de ses 547 emplois et que le projet Exalia est définitivement abandonné.
Le vrai bilan
Le constat se passe de commentaire. À chaque séance son sujet d’affichage, et à chaque séance une entreprise laissée à son sort. Le volontarisme industriel de la majorité tient dans les communiqués ; l’abandon des salariés, lui, s’inscrit noir sur blanc dans chaque ordre du jour.
Logiquement, nous avons voté contre ce rapport. Mais l’essentiel est ailleurs : ce n’est pas d’un débat sur les noms dont notre région a besoin, c’est d’une politique industrielle à la hauteur des femmes et des hommes qu’elle laisse aujourd’hui sur le carreau.