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Groupe Socialiste, Écologiste et Démocrate

Le compte administratif 2025 s’ouvre, comme chaque année, sur une avalanche de superlatifs : la région la première, la mieux gérée, la plus sobre fiscalement. Accordons à la majorité un titre qu’elle mérite vraiment, celui de championne du « moins ». Car derrière les bons ratios se cache une constante : moins de recettes, et surtout moins de services pour les habitants.

Un « moins » qui a un prix

Pas de hausse sur les cartes grises, pas de Versement Mobilité Régional, aucune recette nouvelle sur ce que la majorité juge accessoire pour préserver sa bonne conscience idéologique. Présenté comme une vertu, ce refus a pourtant un coût. Le Versement Mobilité non prélevé, ce n’est pas qu’une ligne budgétaire en moins, c’est une capacité d’agir en moins : moins de marge pour accompagner celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que la voiture, et l’impossibilité de proposer des transports en commun plus abordables. Pendant ce temps, le prix à la pompe n’a pas baissé, et les habitants continuent de faire le plein en grimaçant, faute d’alternative. Les chiffres sont bons, soit. Mais à quel prix ?

Moins de culture

La démonstration vaut pour le reste du budget, à commencer par la culture. La région figurait déjà, l’an dernier, parmi les moins dotées de France par habitant. Le sillon se creuse : les crédits aux activités artistiques reculent cette année de 3,23 millions d’euros, près de 8 %. Ce n’est pas un ajustement technique imposé par une coupe de l’État, c’est une orientation politique, désormais assumée. Dans un courrier au Centre chorégraphique national de Grenoble, la Région annonce retirer son soutien à des structures pourtant labellisées par l’État : quand l’État coupe, la Région coupe à son tour. À ce rythme, le budget culturel rejoindra celui du soutien aux quartiers prioritaires avant la fin du mandat. C’est-à-dire zéro.

Moins pour l’industrie qu’on prétend défendre

Sur l’industrie, le vocabulaire est rodé : pack relocalisations, souveraineté, 100 millions pour l’industrie de défense. Les moyens, eux, disent l’inverse. Entre 2024 et 2025, les clusters et pôles de compétitivité régionaux ont perdu 20 % de leurs financements, alors même que ce sont eux qui relient PME, laboratoires et centres de recherche pour qu’aucune entreprise n’innove seule. Affaiblir cet outil, c’est saper la souveraineté industrielle que l’on prétend construire. Les crédits de formation certifiante chutent de 23 %, quand le chômage repart à la hausse. Et l’apprentissage recule sous l’effet d’une baisse de 36 % de l’enveloppe de France Compétences. Cette dernière n’est pas décidée par la Région, mais une collectivité « si excédentaire » se juge aussi à sa capacité à corriger un désengagement de l’État plutôt qu’à l’épouser.

Moins pour les lycées et les familles

Restent les lycées. Le Plan Marshall deuxième édition affiche un investissement massif sur le papier. Sur le terrain, les autorisations de programme s’accumulent en stock pendant que les élèves et les personnels attendent des effets concrets, dans des bâtiments qui vieillissent et supportent mal le froid comme la canicule que nous traversons. Et pour ne rien arranger, la majorité a ajouté l’an dernier une charge nouvelle : 120 euros par an de transport scolaire là où il était gratuit, présentés comme une « harmonisation territoriale ». Pour une famille de deux enfants, cela fait 240 euros d’un coup, sans la moindre progressivité. Ce n’est pas un détail.

Les équilibres financiers, les ratios, la capacité de désendettement, l’épargne brute : nous ne les contestons pas. Mais un compte administratif n’est pas un relevé comptable neutre, c’est une suite d’arbitrages, une hiérarchie de priorités, un choix de société. Et celui-ci a un nom : la Région du moins. Moins de culture, moins de formation, moins de rénovations dans les lycées, moins de pouvoir d’achat pour les familles et les associations. La majorité peut continuer de revendiquer la première place et la sobriété exemplaire. Elle fait du moins. Les Auvergnats et les Rhônalpins, eux, paient plus.